RE2020 : ce qui change vraiment
pour les professionnels du bâtiment

Entrée en vigueur en 2022, la RE2020 marque un changement de paradigme dans la construction neuve. Plus qu’une réglementation thermique, elle introduit une approche globale de la performance environnementale des bâtiments, en intégrant à la fois sobriété énergétique, impact carbone et confort d’été. Avec les nouvelles évolutions réglementaires publiées en mars 2026 à la suite du rapport Rivaton, les exigences continuent d’évoluer. Ainsi, pour les professionnels du secteur de la construction, l’enjeu n’est plus seulement de construire conforme, mais d’anticiper dès aujourd’hui les futurs seuils carbone de 2028 et 2031.

Une réglementation environnementale qui va au-delà de la performance énergétique

Avec la RT2012, l’objectif principal était de réduire les consommations énergétiques des bâtiments. La RE2020 change d’échelle. Désormais, la réglementation prend également en compte l’impact environnemental global de la construction, notamment les émissions de gaz à effet de serre générées par les matériaux et les équipements tout au long du cycle de vie du bâtiment. 

« Jusqu’à la RT2012, on était surtout sur des enjeux énergétiques. Aujourd’hui, on va au-delà avec des enjeux environnementaux où l’aspect carbone devient prépondérant, à la fois sur l’énergie mais aussi sur la composition du bâtiment et le choix des matériaux », résume Emmanuel Toffolo, Chargé de mission Technique chez Promotelec Services.  

Cette évolution s’inscrit dans la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC), qui vise la neutralité carbone à horizon 2050. Et pour cause : le secteur du bâtiment représente aujourd’hui plus de 25 % des émissions nationales de gaz à effet de serre et 45 % de l’énergie consommée en France. 

Les trois grands objectifs de la RE2020

  • Améliorer la sobriété énergétique 
  • Réduire l’empreinte carbone des bâtiments 
  • Garantir un meilleur confort d’été face aux épisodes de chaleur 

RE2020 : pourquoi les seuils 2028 et 2031 inquiètent la filière construction

La RE2020 a été conçue comme une réglementation évolutive. Après un premier seuil appliqué en 2022, un nouveau palier est entré en vigueur en 2025. D’autres suivront en 2028 puis en 2031, avec un durcissement progressif des exigences énergétiques et environnementales 

Un durcissement progressif des exigences carbone

Pour Emmanuel Toffolo, Chargé de mission Technique chez Promotelec Services, le cap de 2028 constitue un tournant majeur : « le plus gros cap à franchir selon les acteurs. » En cause ? « Le renforcement des seuils liés à l’impact carbone de la construction (Ic construction), qui va pousser les acteurs à revoir plus profondément leurs pratiques constructives, leurs choix de matériaux et leur manière de concevoir les projets. »  

Le rapport Rivaton pour éviter un « mur réglementaire »

Remis en 2025 à la ministre du Logement, le rapport d’Olivier Rivaton avait pour objectif d’évaluer la soutenabilité technique et économique de la trajectoire fixée par la RE2020, notamment en vue des seuils carbone de 2028 et 2031. Le document formule une vingtaine de recommandations destinées à éviter un durcissement trop brutal des exigences pour les acteurs de la construction neuve, tout en maintenant les objectifs de décarbonation du secteur. 

« L’objectif était qu’on ne tombe pas sur un mur en 2028 », explique Emmanuel Toffolo. « Aujourd’hui, le secteur fait déjà face à une baisse de la production de logements neufs. Si, demain, les contraintes réglementaires rendent certaines opérations impossibles à équilibrer financièrement, cela peut devenir un vrai sujet pour l’ensemble de la filière. » 

Décret RE2020 de mars 2026 : quelles évolutions pour les professionnels ?

Publiés au Journal officiel du 20 mars 2026 et applicables à compter du 1er juillet 2026, le décret n° 2026-200 et l’arrêté du 18 mars 2026 introduisent plusieurs ajustements attendus par les professionnels. Ces évolutions, souvent regroupées sous l’appellation « Rivaton 1 », visent à introduire certains ajustements et davantage de souplesse dans plusieurs calculs réglementaires. 

Les nouvelles modulations introduites par le texte

  • L’extension de certaines dispositions déjà applicables aux extensions aux projets de surélévation de moins de 150 m² et représentant moins de 30 % de la surface existante. 
  • L’introduction d’une nouvelle modulation tenant compte de la hauteur sous plafond moyenne des logements dans le calcul des principaux indicateurs RE2020 (Bbio, Cep, Cep,nr, Ic énergie et Ic construction), dès lors que cette hauteur dépasse 2,50 mètres. 
  • La création d’une modulation spécifique liée aux surfaces d’agrément extérieur, comme les balcons, terrasses ou loggias, lorsque leur surface cumulée dépasse 10 % de la surface de référence du bâtiment. 
  • Une modulation intégrant la présence ou non d’un système de climatisation dans les bâtiments raccordés à un réseau de chaleur urbain classé.

L’objectif affiché par ces évolutions est d’introduire davantage de souplesse dans certains calculs réglementaires afin de mieux prendre en compte les réalités architecturales et les enjeux de qualité d’usage, sans remettre en cause la trajectoire globale de décarbonation du secteur.

Balcons, loggias et qualité d’usage : un nouvel équilibre à trouver

Le sujet des balcons, terrasses et loggias illustre bien les arbitrages auxquels la RE2020 confronte désormais les concepteurs. Jusqu’ici, ces éléments pouvaient fortement pénaliser les projets dans les calculs carbone, notamment lorsqu’ils reposaient sur des structures béton. « Dans le calcul environnemental, on prend en compte l’ensemble des composants du bâtiment puis on rapporte cet impact à la surface habitable. Or, les balcons ou loggias ajoutent des matériaux et donc du carbone, sans augmenter directement cette surface de référence », explique Emmanuel Toffolo, Chargé de mission Technique chez Promotelec Services. Résultat : certains projets comportant de nombreux espaces extérieurs pouvaient se retrouver défavorisés, malgré leur intérêt en matière de confort résidentiel. La nouvelle modulation introduite par le décret vise à rééquilibrer cette approche lorsque les surfaces d’agrément extérieur deviennent significatives.

Bon à savoir : derrière la question carbone se pose aussi celle de la qualité d’usage des logements. « Aujourd’hui, les logements sont souvent plus compacts et les habitants passent davantage de temps chez eux. Les espaces extérieurs deviennent donc un véritable enjeu de confort de vie », souligne Emmanuel Toffolo. « Cette évolution rejoint d’ailleurs les attentes croissantes des collectivités et des bailleurs, qui intègrent de plus en plus des critères de qualité d’usage dans leurs référentiels, notamment sur la présence d’espaces extérieurs, la luminosité naturelle ou encore le confort d’été. »

RE2020 : pourquoi la conception des bâtiments devient stratégique

L’un des changements majeurs induits par la RE2020 concerne la place prise par la conception en amont des projets. Avec les futures exigences carbone, il ne sera plus possible de reproduire systématiquement les mêmes solutions constructives d’une opération à l’autre.

Des projets désormais étudiés au cas par cas

Chaque projet devra faire l’objet d’une réflexion plus fine sur :

  • la compacité du bâtiment ;
  • l’orientation ;
  • les matériaux utilisés ;
  • les quantités mises en œuvre ;
  • les équipements énergétiques ;
  • le confort d’été.

« Le côté étude environnementale va devenir central dans la phase de conception, estime le Chargé de mission Technique chez Promotelec Services. Jusqu’ici, certaines solutions constructives pouvaient être reproduites relativement facilement d’une opération à l’autre. Avec la RE2020 et le renforcement progressif des seuils carbone, chaque projet nécessite désormais une approche beaucoup plus spécifique et contextualisée. »

Le rôle croissant des bureaux d’études et de l’ingénierie environnementale

Une évolution qui va renforcer encore davantage le rôle des bureaux d’études et des équipes de conception dans les opérations. « La phase de conception devient stratégique. Plus un projet est anticipé et optimisé en amont, plus il sera maîtrisé ensuite en phase chantier, aussi bien sur les coûts que sur la performance environnementale. » La RE2020 pousse ainsi les acteurs à intégrer beaucoup plus tôt les enjeux carbone, énergétiques et de confort dans leurs arbitrages techniques et architecturaux.

Comment sécuriser la conformité RE2020 de ses projets ?

Pour les acteurs de la construction, l’enjeu dépasse désormais la simple conformité réglementaire immédiate. Les opérations conçues aujourd’hui devront rester cohérentes avec les trajectoires carbone de 2028 et 2031, tout en répondant aux attentes croissantes en matière de confort, de qualité d’usage et de sobriété énergétique. Dans ce contexte, les démarches de certification, de contrôle et de vérification prennent une place de plus en plus stratégique pour sécuriser les projets.

Certifications, contrôles : des leviers pour sécuriser les opérations face aux exigences RE2020 et anticiper les futurs seuils

Promotelec Services propose aux professionnels du bâtiment, à différentes étapes des opérations, à travers plusieurs dispositifs dédiés au neuf :

L’objectif est double : sécuriser la conformité réglementaire des opérations tout en valorisant des niveaux de performance plus ambitieux. Le Label Habitat Neuf permet notamment d’aller au-delà des seuls seuils réglementaires en intégrant des critères complémentaires liés à la qualité d’usage, au confort des occupants, à la performance énergétique ou encore à la qualité de mise en œuvre. « La réglementation fixe un socle minimal. Notre rôle est aussi d’apporter aux professionnels les moyens d’aller plus loin dans la qualité globale de leurs opérations.  », souligne Emmanuel Toffolo.

Pour les acteurs du secteur, l’enjeu de la RE2020 devient autant réglementaire que stratégique : concevoir dès aujourd’hui des bâtiments capables de répondre aux futures exigences environnementales sans dégrader la qualité des logements ni la faisabilité économique des projets.