- RE2020 et matériaux biosourcés : une incitation plutôt qu'une obligation
- Pourquoi les seuils 2028 et 2031 favorisent les matériaux biosourcés
- Les matériaux biosourcés ne sont qu'un levier parmi d'autres
- Une réflexion qui dépasse le seul choix des matériaux
- Le Label Bâtiment biosourcé 2024, un référentiel pour valoriser les démarches exemplaires
Depuis son entrée en vigueur, la RE2020 fait progressivement évoluer les pratiques de construction afin de réduire l'impact environnemental des bâtiments neufs. Après les premiers seuils de 2022 puis de 2025, les prochaines échéances marqueront une nouvelle étape. Lors d’EnerJ-meeting Paris 2026, la Direction de l'Habitat, de l'Urbanisme et des Paysages (DHUP) a ainsi confirmé un renforcement de l'indicateur Ic Construction, qui évalue l'impact carbone des matériaux et équipements de construction : -10 % en 2028, puis -15 % supplémentaires en 2031. Une évolution qui conduira les maîtres d'ouvrage à repenser leurs projets et à intégrer davantage de matériaux bas carbone, notamment biosourcés. Faut-il pour autant considérer que la RE2020 impose leur utilisation ? Pas exactement.
RE2020 et matériaux biosourcés : une incitation plutôt qu'une obligation
Les matériaux biosourcés occupent une place de plus en plus importante dans les projets de construction neuve. Pour autant, il serait faux d'y voir une obligation imposée par la RE2020. « Le but de la RE2020 n'est pas d'opposer les matériaux biosourcés aux autres matériaux. Son objectif est d'inciter à une réduction progressive de l'empreinte carbone du bâtiment, aussi bien sur l'énergie que sur la construction », rappelle Emmanuel Toffolo, Chargé de mission Technique chez Promotelec Services. La nuance est importante !
La réglementation ne demande pas de construire en bois, en chanvre ou en ouate de cellulose. Elle fixe avant tout un niveau de performance environnementale à atteindre. « On ne peut pas imposer une exigence de moyen qui orienterait un marché plutôt qu'un autre. En revanche, on peut fixer une exigence de résultat qui conduira naturellement à faire évoluer les pratiques. » Une logique qui laisse toute sa place à l'innovation et à la liberté de choix. Pendant que les industriels continuent de développer des matériaux plus performants et d’améliorer leurs procédés de fabrication, les maîtres d'œuvre restent libres de retenir les solutions les plus adaptées à chaque projet.
Pourquoi les seuils 2028 et 2031 favorisent les matériaux biosourcés
Si les premiers seuils de la RE2020 ont pu être atteints en optimisant les procédés industriels, en améliorant la connaissance de l'impact environnemental des produits grâce aux Fiches de Déclaration Environnementale et Sanitaire (FDES) et en réduisant certaines quantités de matériaux, les prochaines échéances seront beaucoup plus ambitieuses. Un véritable changement d'échelle selon Emmanuel Toffolo. « Les seuils 2022 et 2025 ont pu être atteints sans bouleverser les modes constructifs. En revanche, 2028 et surtout 2031 seront beaucoup plus difficiles à atteindre uniquement grâce aux optimisations industrielles. » Pourquoi ? Parce que les marges de progression offertes par l'amélioration des procédés industriels finiront par atteindre leurs limites. « Les retours dont nous disposons montrent que, pour atteindre les seuils de 2028, il sera très difficile de se passer de matériaux qui stockent du carbone. Et, pour 2031, cela semble quasiment impossible. »
Un constat qui rejoint les enseignements de l'EnerJ-meeting 2026. En présentant les prochaines étapes de la RE2020, Thomas Zuelgaray, adjoint au sous-directeur de la qualité et du développement durable dans la construction (DHUP), a rappelé que chaque jalon réglementaire répond à un objectif précis. Après une première phase centrée sur le recours à des produits plus bas carbone et à des données environnementales plus précises (RE2025), la RE2028 devra conduire les acteurs à repenser la conception même des bâtiments, avec un recours accru aux matériaux biosourcés et bas carbone. Quant à la RE2031, elle marquera une évolution plus profonde des modes constructifs, avec un recours aux matériaux biosourcés qui deviendra, dans les faits, quasiment incontournable.
Autrement dit, la réglementation environnementale n'impose pas directement le recours aux matériaux biosourcés. Ce sont les objectifs de réduction de l'empreinte carbone qu'elle fixe qui conduisent progressivement la filière à les intégrer davantage.
Les matériaux biosourcés ne sont qu'un levier parmi d'autres
Pour autant, le Chargé de mission Technique chez Promotelec Services met en garde contre une idée reçue tenace : le recours aux matériaux biosourcés ne constitue pas, à lui seul, la garantie d'un bâtiment plus vertueux.
« La sobriété devrait faire partie du bon sens. » Avant même de choisir un matériau, il convient d'abord de s'interroger sur le besoin réel. « C'est tout le principe de la sobriété constructive, déjà évoqué dans nos précédents décryptages : le matériau le plus vertueux reste souvent celui que l'on n'a pas besoin d'utiliser. » Pour illustrer cette logique, Emmanuel Toffolo prend l'exemple d'une recette de cuisine : « Quand on prépare un gâteau, on commence par définir la quantité de farine dont on a besoin. Ensuite seulement, on choisit laquelle acheter. Pour un bâtiment, c'est exactement la même chose. »
Une fois le besoin correctement dimensionné, le choix des matériaux peut alors intervenir pour réduire davantage l'empreinte carbone du projet. Cette réflexion ne concerne d'ailleurs pas uniquement les matériaux biosourcés. Réemploi, matériaux bas carbone, optimisation des quantités mises en œuvre ou amélioration des procédés industriels participent également à l'atteinte des objectifs de la RE2020. Les matériaux biosourcés constituent donc un levier parmi d'autres, au service d'une démarche globale de réduction de l'impact carbone du bâtiment.
Une réflexion qui dépasse le seul choix des matériaux
Autre point important : un matériau biosourcé n'est pas systématiquement plus pertinent qu'un autre. Sa provenance, son mode de fabrication, son transport ou encore sa mise en œuvre influencent eux aussi son impact environnemental. « Si un matériau biosourcé vient de l'autre bout de la planète, est-ce vraiment plus intelligent qu'un matériau fabriqué localement ? Il faut aussi se poser cette question. » Et c'est précisément tout l'intérêt de l'analyse du cycle de vie (ACV), qui permet d'évaluer objectivement les impacts environnementaux des différents produits et d'éviter les raccourcis. Une réflexion à ne pas prendre à la légère et qui, dans la pratique, doit intervenir très en amont. « Tout se joue dès la phase de conception. » Orientation du bâtiment, implantation sur son terrain, choix des matériaux, confort d'été, végétalisation, mais aussi adaptation au climat local participent tous à la performance environnementale finale. Les matériaux biosourcés ont donc toute leur place dans cette démarche. Mais ils ne constituent jamais une solution isolée : ils s'inscrivent dans une réflexion beaucoup plus large sur la manière de concevoir les bâtiments de demain.
Le Label Bâtiment biosourcé 2024, un référentiel pour valoriser les démarches exemplaires
Si la réglementation fixe un niveau minimal de performance environnementale, certains maîtres d'ouvrage souhaitent aller plus loin et faire reconnaître leurs démarches. C'est précisément le rôle des labels et certifications. « Ils permettent certes d'accéder, dans certains territoires, à des subventions ou à des dispositifs spécifiques. Mais ils servent aussi à valoriser le patrimoine et à mettre en avant des opérations exemplaires », souligne Emmanuel Toffolo. Et, au-delà de leur intérêt technique, ils constituent également un moyen de promouvoir des pratiques constructives plus responsables. « Chez Promotelec Services, nous avons coutume de dire qu'un label apporte la caution d'un tiers vérificateur. Il vient attester qu'une démarche tient la route. » Parmi eux, le Label Bâtiment biosourcé 2024, proposé en option avec le Label Promotelec Habitat Neuf, distingue les opérations qui intègrent une part significative de matériaux biosourcés dans leur conception.
Comment fonctionne le Label Bâtiment biosourcé 2024 ?
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce label ne repose pas uniquement sur la quantité de bois ou de matériaux biosourcés incorporés dans un bâtiment. Il s'appuie sur deux critères complémentaires :
- le premier concerne la quantité minimale de carbone biogénique stocké dans les produits de construction biosourcés, exprimée en kilogrammes par mètre carré de surface habitable ;
- le second porte sur la diversité des fonctions assurées par ces matériaux : structure, isolation, façade...
Deux critères évalués conjointement via trois niveaux de certification. Au premier niveau, le bâtiment doit stocker au minimum 15 kg de carbone biogénique par mètre carré de surface habitable et intégrer des matériaux biosourcés assurant au moins deux fonctions différentes. Le deuxième niveau porte ce seuil à 25 kg/m² et impose que l'une des fonctions soit l'isolation. Le troisième niveau exige 45 kg/m² et trois fonctions différentes, dont l'isolation.
Ce label intègre également plusieurs exigences complémentaires. Tous les matériaux utilisés doivent disposer d'une FDES. Les produits à base de bois doivent être issus de forêts gérées durablement. Enfin, les produits destinés à un usage intérieur, tels que les revêtements de sol, les isolants ou les faux plafonds, doivent répondre aux exigences de qualité de l'air intérieur.
Plus qu'un label, une nouvelle manière de concevoir les bâtiments
Au-delà des critères qu'il fixe, le Label Bâtiment biosourcé 2024 illustre surtout une évolution plus profonde des pratiques constructives. Pour Emmanuel Toffolo, il accompagne une dynamique déjà engagée dans certains territoires. « On observe des collectivités qui encouragent le recours aux matériaux biosourcés ou qui soutiennent les opérations labellisées, notamment à travers certaines aides locales. » Plusieurs maîtres d'ouvrage ont également intégré ces exigences dans leur stratégie afin d'anticiper les futures évolutions réglementaires.
Le Chargé de mission Technique chez Promotelec Services invite pour autant à ne pas résumer le bâtiment de demain à une seule famille de matériaux. « On peut imaginer qu'il sera davantage biosourcé, bien sûr, mais on n'est jamais à l'abri d'une évolution réglementaire ou technologique. »
Une certitude demeure toutefois : à mesure que les exigences carbone de la RE2020 se renforceront, la performance environnementale se jouera de plus en plus dès la phase de conception. Sobriété constructive, conception bioclimatique, choix des matériaux, qualité de mise en œuvre ou analyse du cycle de vie devront être pensés de manière cohérente pour atteindre les objectifs de décarbonation.
Au fond, c'est peut-être là le principal enseignement. Plus qu'une révolution des matériaux, la RE2020 marque une évolution de la manière de concevoir les bâtiments. « Les matériaux biosourcés y occuperont sans doute une place croissante, non pas parce qu'ils sont imposés par la réglementation, mais parce qu'ils constituent l'un des leviers permettant de répondre aux exigences environnementales des années à venir », conclut Emmanuel Toffolo.
